Transparence salariale : ce qui va changer pour les salariés
La France devait transposer la directive européenne sur la transparence des rémunérations au plus tard le 7 juin 2026 — une échéance dépassée. Le projet de loi de transposition a été présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026 et déposé le même jour au Sénat (texte n° 944, procédure accélérée). Voici ce que ce texte prévoit pour un salarié, ce qui est déjà connu, et ce qui reste incertain tant qu'il n'est pas voté.
Par Nathan Penin, éditeur du site. Article vérifié le 2 octobre 2026 — mis à jour à chaque évolution du texte de loi. Notre méthode.
Ce qui changerait, en résumé
| Sujet | Aujourd'hui | Selon le projet de loi (non voté) |
|---|---|---|
| Fourchette de salaire à l'embauche | Pas d'obligation générale de la communiquer | Obligatoire : dans l'offre d'emploi ou, à défaut d'offre, par écrit avant ou pendant l'entretien d'embauche |
| Question sur le salaire actuel ou passé | Autorisée dans la pratique | Interdite pour le recruteur |
| Clause interdisant de parler de son salaire | — | Interdite |
| Information sur les niveaux de rémunération | Pas de droit général d'accès | Droit d'obtenir son niveau de rémunération et les niveaux moyens, ventilés par sexe ; réponse de l'employeur sous 2 mois au plus |
| Écart de rémunération non justifié | Pas d'évaluation conjointe obligatoire | Au-delà d'un seuil fixé par décret (5 % dans la directive), rapport d'évaluation conjointe des rémunérations dans les entreprises d'au moins 100 salariés |
| Déclaration de l'employeur | Index de l'égalité professionnelle (entreprises d'au moins 50 salariés) | 7 indicateurs déclarés chaque année dès 50 salariés, dont 6 précalculés à partir de la DSN |
Où en est le texte, précisément (2 octobre 2026)
La directive (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations devait être transposée en droit français au plus tard le 7 juin 2026. Le « projet de loi portant transposition de la directive (UE) 2023/970 […] relative à l'égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes par la transparence des rémunérations » a été présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026 par le ministre du Travail et des Solidarités et le ministre de l'Action et des Comptes publics, puis enregistré le même jour à la présidence du Sénat sous le n° 944 (dossier législatif du Sénat✓ Source officielle). Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée et le texte a été renvoyé à la commission des affaires sociales.
Au 2 octobre 2026, le dossier législatif ne comporte que l'étape du dépôt : ni rapporteur ni date d'examen n'y figurent. Il s'agit donc d'un projet, que le Parlement peut encore modifier ; rien de ce qui suit n'est applicable aujourd'hui.
Ce que prévoit la directive européenne, sur le fond
Le texte européen prévoit notamment : l'obligation pour l'employeur d'informer les candidats de la rémunération ou de sa fourchette avant l'entretien, l'interdiction de demander l'historique salarial du candidat, un droit pour les salariés d'obtenir des informations sur les niveaux de rémunération de leurs collègues occupant un travail de valeur égale, ventilées par sexe, et une inversion de la charge de la preuve en cas de contentieux pour discrimination salariale (c'est à l'employeur de prouver l'absence de discrimination, pas au salarié de la démontrer). Lorsqu'un écart de rémunération d'au moins 5 % entre femmes et hommes n'est ni justifié par des critères objectifs ni corrigé dans les six mois, l'employeur doit mener une évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants du personnel (directive (UE) 2023/970, article 10✓ Source officielle).
Seuils d'effectif et calendrier : le projet français comparé à la directive
La directive distingue trois paliers pour la communication des écarts de rémunération : les entreprises d'au moins 250 salariés (au plus tard le 7 juin 2027, puis chaque année), celles de 150 à 249 salariés (au plus tard le 7 juin 2027, puis tous les trois ans) et celles de 100 à 149 salariés (au plus tard le 7 juin 2031, puis tous les trois ans). En dessous de 100 salariés, elle laisse chaque État libre d'imposer ou non cette obligation. Pour les seuils déjà applicables aux employeurs en France, voir notre page sur les seuils d'effectif de 11, 20, 50 et 250 salariés.
Le projet de loi français va plus loin sur le seuil : il prévoit une déclaration annuelle d'indicateurs dans les entreprises d'au moins 50 salariés (texte n° 944, article 1ᵉʳ✓ Source officielle), l'index français s'appliquant déjà à partir de 50 salariés, contre 100 dans la directive (compte rendu du Conseil des ministres✓ Source officielle). Ces indicateurs seraient au nombre de sept, les six premiers étant précalculés automatiquement à partir de la déclaration sociale nominative (DSN). Le septième serait déclaré tous les trois ans dans les entreprises de 50 à 249 salariés, avec des délais plus longs pour les plus petites : trois ans après la promulgation de la loi de 100 à 149 salariés, six ans de 50 à 99 salariés (article 21). Le rapport d'évaluation conjointe ne viserait que les entreprises d'au moins 100 salariés.
Sur le calendrier, le texte prévoit une application des nouvelles déclarations « à compter d'une date fixée par décret et au plus tard dans un délai d'un an suivant la promulgation » (article 21). Le compte rendu du Conseil des ministres annonce de son côté le maintien de la déclaration actuelle de l'index en 2027 et le passage au nouvel index à partir de 2028 ; ces deux années ne sont pas écrites dans l'article 21 du projet pour le secteur privé.
Deux points restent à préciser. Le seuil d'écart qui déclenche l'évaluation conjointe n'est pas chiffré dans le texte, qui renvoie à « un pourcentage défini par décret » ; le compte rendu du Conseil des ministres indique qu'il ne pourra pas être supérieur à 5 %. Côté sanctions, le projet prévoit une pénalité financière plafonnée à 1 % des rémunérations et gains (2 % en cas de récidive dans les cinq ans) et 450 € pour chaque manquement aux obligations d'information.
Ce que ça change concrètement
Tant que la loi n'est pas votée, vos droits restent ceux d'aujourd'hui : l'index de l'égalité professionnelle dans les entreprises d'au moins 50 salariés, et la voie classique (souvent longue) de l'action en justice en cas de discrimination salariale constatée. Si le texte est adopté en l'état, vous pourrez connaître la fourchette de salaire d'un poste avant ou pendant l'entretien d'embauche, vous n'aurez plus à révéler votre salaire actuel ou passé à un recruteur, vous pourrez demander à votre employeur votre niveau de rémunération et les niveaux moyens par sexe (réponse sous deux mois au plus), et aucune clause ne pourra vous interdire de parler de votre salaire.
Si votre entreprise compte au moins 50 salariés, le projet vous concerne. Il est déjà utile de cartographier vos grilles de rémunération par poste et par sexe et de documenter les critères qui expliquent les écarts existants — ce travail reste valable quelle que soit la version finale. En revanche, figer dès maintenant un plan d'action détaillé sur des dates serait prématuré : le texte peut encore évoluer d'ici son vote, et plusieurs paramètres (seuil d'écart, date d'application) sont renvoyés à des décrets.
Sources consultées le 2 octobre 2026 : dossier législatif du Sénat (projet de loi n° 944)✓ Source officielle, texte du projet de loi✓ Source officielle, compte rendu du Conseil des ministres du 10 septembre 2026✓ Source officielle et directive (UE) 2023/970✓ Source officielle.
Questions fréquentes
La loi sur la transparence salariale est-elle déjà entrée en vigueur en France ?
Non. Au 2 octobre 2026, il s'agit d'un projet de loi, présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026 et déposé le même jour au Sénat (texte n° 944, procédure accélérée), qui n'a pas encore été examiné ni voté par le Parlement. L'échéance européenne de transposition, fixée au 7 juin 2026 par la directive (UE) 2023/970, est déjà dépassée.
Qu'est-ce que ça change par rapport à l'Index de l'égalité professionnelle (Egapro) déjà obligatoire ?
Le projet de loi prévoit de remplacer l'index actuel par une déclaration annuelle de sept indicateurs dans les entreprises d'au moins 50 salariés, dont six précalculés à partir de la déclaration sociale nominative (DSN). Selon le compte rendu du Conseil des ministres du 10 septembre 2026, la déclaration actuelle de l'index serait maintenue en 2027 et le nouvel index s'appliquerait à partir de 2028. Tant que la loi n'est pas votée, l'index actuel reste la règle.
À partir de quand ces nouvelles règles s'appliqueront-elles ?
Aucune date n'est certaine tant que la loi n'est pas votée. Le projet prévoit que les nouvelles déclarations s'appliquent à une date fixée par décret, au plus tard un an après la promulgation ; le Gouvernement annonce le maintien de l'index actuel en 2027 et un nouvel index à partir de 2028. Pour le septième indicateur, des délais plus longs sont prévus : trois ans après la promulgation dans les entreprises de 100 à 149 salariés, six ans dans celles de 50 à 99 salariés.