Congés payés non pris : report, perte ou paiement ?
Vos congés payés ne sont pas pris à la fin de la période : sont-ils perdus, reportés ou payés ? La réponse dépend de la raison pour laquelle vous ne les avez pas pris — et depuis 2024, la loi impose des règles précises à l'employeur, en particulier après un arrêt maladie.
Par Nathan Penin, éditeur du site. Contenu vérifié le 15 septembre 2026. Sources : Code du travail (art. L3141-19-1 à L3141-19-3, L3141-28, L3151-2), service-public.gouv.fr, Cour de cassation.
Que deviennent les congés non pris ?
| Situation | Sort des congés |
|---|---|
| Non pris sans motif particulier à la fin de la période de prise | En principe perdus — sauf accord de report, et à condition que l'employeur prouve vous avoir mis en mesure de les prendre |
| Non pris à cause d'un arrêt maladie ou d'un accident | Reportés 15 mois à compter de l'information donnée par l'employeur après la reprise (art. L3141-19-1) |
| Non pris à cause d'un congé maternité, adoption ou parental | Reportés — le report est de droit après ces congés |
| Contrat rompu avant d'avoir tout pris (démission, licenciement, RC…) | Payés : indemnité compensatrice de congés payés, quel que soit le motif (art. L3141-28) |
| 5ᵉ semaine, avec un compte épargne-temps dans l'entreprise | Épargnables sur le CET (seule la part au-delà de 24 jours ouvrables, art. L3151-2) |
Le principe : des congés se prennent, ils ne se stockent pas
Un salarié acquiert 2,5 jours ouvrables de congés par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) sur une période de référence complète (art. R3141-4✓ Source officielle). Sauf accord collectif fixant d'autres dates, cette période de référence court du 1ᵉʳ juin au 31 mai, et les congés acquis doivent être pris pendant la période de prise suivante, qui comprend obligatoirement les mois de mai à octobre (art. L3141-13✓ Source officielle).
Aucun article du Code du travail ne prévoit un report automatique des congés non pris : à la fin de la période de prise, ils sont en principe perdus. Trois exceptions existent : un accord de report (avec l'employeur, ou prévu par la convention collective), les cas de report obligatoire détaillés ci-dessous, et le cas où le salarié n'a pas pu prendre ses congés du fait de l'employeur. Sur ce dernier point, la jurisprudence est constante depuis 2012 : c'est à l'employeur de prouver qu'il a mis le salarié en mesure de prendre ses congés. S'il ne le démontre pas, le salarié peut obtenir des dommages-intérêts pour les congés perdus (service-public.gouv.fr, fiche F2258).
Le report de 15 mois après un arrêt maladie
Depuis la loi du 22 avril 2024, un salarié qui n'a pas pu prendre tout ou partie de ses congés pendant la période de prise pour cause de maladie ou d'accident bénéficie d'une période de report de 15 mois (art. L3141-19-1✓ Source officielle). Point essentiel : ce délai ne commence pas à la reprise du travail, mais à la date à laquelle le salarié reçoit l'information de son employeur sur ses droits.
Cette information est une obligation légale : dans le mois qui suit la reprise, l'employeur doit indiquer au salarié, par tout moyen conférant une date certaine (le bulletin de paie suffit), le nombre de jours de congé dont il dispose et la date jusqu'à laquelle ils peuvent être pris (art. L3141-19-3✓ Source officielle). Tant que cette information n'a pas été donnée, le compteur des 15 mois ne tourne pas.
Cas particulier des arrêts très longs : si le contrat est suspendu depuis au moins un an à la fin de la période de référence, les congés acquis pendant l'arrêt voient leur période de report démarrer dès la fin de cette période de référence, sans attendre la reprise ; à la reprise, le délai non expiré est suspendu jusqu'à ce que l'employeur informe le salarié (art. L3141-19-2✓ Source officielle). Pour le détail de ce que vous acquérez pendant un arrêt, voir notre article arrêt maladie et congés payés.
La Cour de cassation a précisé fin 2025 que l'employeur ne peut invoquer l'expiration du délai de 15 mois que s'il démontre avoir pris, en temps utile, les mesures permettant au salarié de prendre effectivement ses congés — un salarié retombé malade juste avant des congés programmés en fin de période de report ne les perd pas automatiquement (Cass. soc. 13 novembre 2025, n° 24-14.084, analyse LégiSocial).
Les autres cas de report
Le report est également de droit lorsque les congés n'ont pas pu être pris à cause d'un congé maternité ou d'adoption, ou d'un congé parental d'éducation : le salarié conserve ses jours et les prend à son retour. Les accords collectifs peuvent par ailleurs organiser des reports plus larges : pour les salariés en décompte annuel du temps de travail, un accord peut prévoir le report des congés jusqu'au 31 décembre de l'année suivant celle où la période de prise a débuté (art. L3141-22✓ Source officielle) — mais ce report conventionnel ne concerne que ce cas précis et ne se généralise pas à tous les salariés.
Peut-on se faire payer ses congés non pris ?
En cours de contrat, non : le paiement des congés en remplacement de leur prise n'est pas autorisé, car les congés ont une finalité de repos. La seule voie de « monétisation » est le compte épargne-temps, lorsqu'un accord collectif en a mis un en place dans l'entreprise — et uniquement pour la part du congé annuel qui dépasse 24 jours ouvrables, c'est-à-dire la 5ᵉ semaine (art. L3151-2✓ Source officielle).
À la rupture du contrat, oui : tous les congés acquis et non pris sont payés sous forme d'indemnité compensatrice de congés payés, « que cette rupture résulte du fait du salarié ou du fait de l'employeur » (art. L3141-28✓ Source officielle). Elle est donc due en cas de démission, de licenciement — y compris pour faute grave ou lourde —, de rupture conventionnelle ou de fin de CDD, et elle est versée aux ayants droit en cas de décès du salarié — les démarches à effectuer après un décès, dont celles auprès de l'employeur, sont détaillées sur le site frère messuccessions.fr. Son montant suit la même règle que l'indemnité de congés payés classique (règle du dixième ou maintien de salaire, la plus favorable) : vous pouvez le chiffrer avec notre simulateur d'indemnité de congés payés, et le retrouver dans le solde de tout compte.
Ce que ça change concrètement
Notez la date de fin de votre période de prise (souvent le 31 mai) et vérifiez votre compteur sur le bulletin de paie dès le printemps. Si vous revenez d'un arrêt maladie, l'employeur doit vous informer sous un mois de vos jours disponibles et de leur date limite : gardez le bulletin ou le courrier qui contient cette information, c'est lui qui fait partir le délai de 15 mois. Si votre employeur a refusé toutes vos demandes de congés ou ne vous a jamais rappelé vos droits, la perte n'est pas acquise : la charge de la preuve pèse sur lui.
Formalisez l'information de retour d'arrêt (nombre de jours, date limite) dans le mois suivant la reprise, sur le bulletin de paie ou par un écrit daté : sans cette information, le délai de report de 15 mois ne commence pas à courir et les congés s'accumulent. Conservez la trace des périodes de prise communiquées et des demandes de congés reçues, car en cas de litige c'est à l'entreprise de prouver qu'elle a mis le salarié en mesure de prendre ses congés. Le paiement des congés non pris en cours de contrat n'est pas une option légale, hors compte épargne-temps.
Questions fréquentes
Mes congés non pris au 31 mai sont-ils définitivement perdus ?
En principe oui, sauf trois cas : un accord de report (avec l'employeur ou prévu par votre convention collective), un report obligatoire (arrêt maladie ou accident : 15 mois après l'information donnée à la reprise ; congé maternité, adoption, parental), ou l'impossibilité de les prendre du fait de l'employeur. Dans ce dernier cas, c'est à l'employeur de prouver qu'il vous a mis en mesure de prendre vos congés.
Puis-je demander à être payé de mes congés au lieu de les prendre ?
Non en cours de contrat : les congés doivent être pris. La seule exception est le compte épargne-temps, s'il existe dans votre entreprise, et uniquement pour la 5ᵉ semaine. En revanche, à la rupture du contrat, tous les congés acquis et non pris sont payés via l'indemnité compensatrice de congés payés, quel que soit le motif de la rupture.
Que doit faire mon employeur à mon retour d'arrêt maladie ?
Vous informer dans le mois qui suit votre reprise, par un moyen daté (le bulletin de paie suffit), du nombre de jours de congés disponibles et de la date jusqu'à laquelle vous pouvez les prendre. Le délai de report de 15 mois ne commence à courir qu'à partir de cette information (article L3141-19-3 du Code du travail).
Un licenciement pour faute grave fait-il perdre les congés non pris ?
Non. L'indemnité compensatrice de congés payés est due quelle que soit la cause de la rupture, y compris en cas de faute grave ou de faute lourde (article L3141-28).