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Jours fériés : lesquels sont payés, chômés ou travaillés ?

Onze jours fériés par an, mais un seul obligatoirement chômé : le 1ᵉʳ mai. Pour les dix autres, tout dépend de votre convention collective ou de la décision de l'employeur — et beaucoup d'idées reçues circulent sur la majoration, la récupération d'un férié tombant un week-end ou le lundi de Pentecôte. Voici les règles légales, secteur privé, en vigueur en 2026.

Par Nathan Penin, éditeur du site. Contenu vérifié le 15 septembre 2026. Sources : Code du travail (art. L3133-1 à L3133-12, L3134-13, L3164-6), service-public.gouv.fr, info.gouv.fr.

Les règles en un coup d'œil

Question Réponse (à défaut d'accord plus favorable)
Nombre de jours fériés légaux 11 (art. L3133-1) — 13 en Alsace-Moselle
Jour férié obligatoirement chômé Le 1ᵉʳ mai uniquement (art. L3133-4) ; les autres sont chômés ou travaillés selon accord ou décision de l'employeur
Férié chômé : le salaire est-il maintenu ? Oui à partir de 3 mois d'ancienneté (art. L3133-3) ; sans condition d'ancienneté pour le 1ᵉʳ mai
Férié travaillé : majoration ? Aucune majoration légale, sauf le 1ᵉʳ mai : salaire doublé (art. L3133-6). Votre convention collective peut prévoir mieux
Férié tombant un jour de repos (samedi, dimanche) Ni récupération ni compensation, sauf convention collective plus favorable
Journée de solidarité 7 heures de travail non rémunérées par an (art. L3133-7 et L3133-8), date fixée par accord ou par l'employeur

Les 11 jours fériés légaux

L'article L3133-1 du Code du travail✓ Source officielle fixe la liste : 1ᵉʳ janvier, lundi de Pâques, 1ᵉʳ mai, 8 mai, jeudi de l'Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, 15 août, 1ᵉʳ novembre, 11 novembre et 25 décembre. En Alsace-Moselle (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle), s'y ajoutent le Vendredi saint et le 26 décembre (art. L3134-13✓ Source officielle). Pour savoir sur quel jour de la semaine tombe chaque férié et repérer les meilleurs ponts, utilisez notre calendrier des jours de pont.

À noter : le projet de supprimer deux jours fériés (lundi de Pâques et 8 mai), annoncé en juillet 2025 dans le cadre du budget 2026, a été abandonné le 14 septembre 2025 par le gouvernement suivant et n'a pas été repris depuis (Euronews, 14 septembre 2025). La liste 2026-2027 publiée par service-public.gouv.fr compte toujours 11 jours (fiche F2405).

Chômé ou travaillé ? Seul le 1ᵉʳ mai est imposé

Contrairement à une idée répandue, un jour férié n'est pas forcément un jour de repos. Seul le 1ᵉʳ mai est légalement férié et chômé (art. L3133-4✓ Source officielle). Pour les dix autres, c'est un accord d'entreprise ou, à défaut, de branche qui définit les jours fériés chômés ; en l'absence d'accord, l'employeur décide (art. L3133-3-1✓ Source officielle et L3133-3-2✓ Source officielle). Beaucoup de conventions collectives prévoient le chômage de tous les jours fériés, mais ce n'est pas la règle légale.

Deux protections particulières existent. Les jeunes de moins de 18 ans ne peuvent pas travailler les jours fériés, sauf dans les secteurs listés par décret (hôtellerie-restauration, boulangerie-pâtisserie, boucherie, fleuristes, commerces alimentaires de détail, spectacles…) (art. L3164-6✓ Source officielle et R3164-2✓ Source officielle). Et le 1ᵉʳ mai ne peut être travaillé que dans les établissements qui, « en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail » (hôpitaux, transports, hôtels…).

Le salaire est-il maintenu un jour férié chômé ?

Oui, pour les salariés qui ont au moins 3 mois d'ancienneté dans l'entreprise : le chômage du jour férié ne peut entraîner aucune perte de salaire (art. L3133-3✓ Source officielle). Les salariés saisonniers en bénéficient dès lors que leurs contrats successifs totalisent au moins 3 mois de présence dans l'entreprise ; les travailleurs à domicile, intermittents et intérimaires en sont en revanche exclus par la loi, sauf dispositions conventionnelles. Pour le 1ᵉʳ mai, le maintien du salaire est dû sans condition d'ancienneté (art. L3133-5✓ Source officielle). Les heures perdues du fait d'un jour férié chômé ne peuvent pas donner lieu à récupération (art. L3133-2✓ Source officielle).

Travailler un jour férié : majoration ou pas ?

Le Code du travail ne prévoit aucune majoration de salaire pour un jour férié ordinaire travaillé : le salarié perçoit sa rémunération habituelle, sauf si sa convention collective ou un accord d'entreprise prévoit une majoration ou un repos compensateur — ce qui est fréquent (hôtels-cafés-restaurants, commerce, hospitalisation privée, par exemple). L'exception est le 1ᵉʳ mai : le salarié qui le travaille perçoit, en plus de son salaire, une indemnité égale au montant de ce salaire, à la charge de l'employeur — soit une paie doublée (art. L3133-6✓ Source officielle). Vérifiez ce que prévoit votre convention : notre guide vous aide à l'identifier.

Actualité à suivre : un projet de loi visant à sécuriser le travail du 1ᵉʳ mai des salariés volontaires des boulangeries-pâtisseries et des fleuristes artisanaux a été adopté par le Sénat en première lecture le 16 juin 2026 et transmis à l'Assemblée nationale (dossier législatif du Sénat). Au 15 septembre 2026, il n'est pas adopté définitivement : la règle actuelle reste celle de l'article L3133-6.

Férié tombant un samedi ou un dimanche : pas de rattrapage

Quand un jour férié coïncide avec un jour de repos hebdomadaire, il est « perdu » pour le salarié : la loi ne prévoit ni jour de récupération ni compensation, et la Cour de cassation l'a confirmé de longue date (Cass. soc. 24 juin 1998) ainsi que pour les jours non travaillés d'une semaine de 4 jours (Cass. soc. 10 mai 2023) (analyse ADP, congés payés et jours fériés). Seule une convention collective ou un usage peut prévoir un rattrapage. Un férié chômé tombant pendant vos congés payés n'est en revanche pas décompté comme jour de congé, et une nuance existe pour les entreprises qui décomptent les congés en jours ouvrés (du lundi au vendredi) : un férié tombant un samedi doit alors être compensé si ce décompte devient moins favorable que le décompte légal en jours ouvrables.

La journée de solidarité : 7 heures, plus forcément le lundi de Pentecôte

Instituée en 2004 pour financer l'autonomie des personnes âgées et handicapées, la journée de solidarité prend la forme d'une journée de travail supplémentaire non rémunérée pour le salarié — dans la limite de 7 heures, proratisées pour les temps partiels — et d'une contribution de l'employeur (art. L3133-7✓ Source officielle et L3133-8✓ Source officielle). Ses modalités sont fixées par accord d'entreprise ou de branche : travail d'un jour férié habituellement chômé (autre que le 1ᵉʳ mai), suppression d'un jour de RTT, ou toute autre organisation permettant d'atteindre 7 heures (art. L3133-11✓ Source officielle) ; à défaut d'accord, l'employeur décide après consultation du CSE (art. L3133-12✓ Source officielle).

Depuis la loi du 16 avril 2008, le lundi de Pentecôte n'est plus la date imposée : il reste un jour férié ordinaire, que beaucoup d'entreprises continuent de choisir par usage, mais ce n'est plus la règle légale par défaut (info.gouv.fr, journée de solidarité). Un salarié qui a déjà accompli sa journée de solidarité chez un précédent employeur dans l'année n'est pas tenu de la refaire ; s'il travaille ce jour-là, les heures lui sont payées (art. L3133-10✓ Source officielle). Si votre entreprise retient la suppression d'un jour de RTT, notre simulateur de calcul RTT en tient compte dans son estimation.

Ce que ça change concrètement

Avant de compter sur un jour férié comme jour de repos, regardez votre convention collective ou l'accord d'entreprise : hors 1ᵉʳ mai, c'est là que se décide si le jour est chômé, s'il est majoré quand il est travaillé, et s'il est rattrapé quand il tombe un week-end — la loi ne vous garantit rien de tout cela. Si vous avez moins de 3 mois d'ancienneté, un férié chômé peut être retenu sur votre paie, sauf le 1ᵉʳ mai. Et si vous êtes appelé à travailler le 1ᵉʳ mai dans une activité qui ne peut pas s'interrompre, vérifiez que votre bulletin de paie comporte bien l'indemnité égale au salaire de la journée.

Sans accord collectif, vous pouvez décider quels jours fériés sont travaillés — à l'exception du 1ᵉʳ mai, réservé aux activités qui ne peuvent pas s'interrompre et payé double. Maintenez le salaire des jours fériés chômés pour tous les salariés ayant 3 mois d'ancienneté (sans condition pour le 1ᵉʳ mai), et ne faites pas récupérer les heures perdues. Fixez les modalités de la journée de solidarité par accord ou, à défaut, après consultation du CSE, en tenant compte des salariés qui l'ont déjà effectuée ailleurs dans l'année. Enfin, vérifiez les interdictions applicables aux moins de 18 ans si vous ouvrez un jour férié.

Questions fréquentes

Mon employeur peut-il m'obliger à travailler un jour férié ?

Oui pour les dix jours fériés ordinaires, selon ce que prévoit l'accord collectif ou, à défaut, la décision de l'employeur, et sans majoration légale (seule votre convention collective peut en prévoir une). Non pour le 1ᵉʳ mai, sauf dans les établissements qui ne peuvent pas interrompre leur activité : le salaire est alors doublé. Les moins de 18 ans ne peuvent pas travailler les jours fériés, sauf secteurs dérogatoires.

Un jour férié tombe un samedi ou un dimanche : ai-je droit à un jour de récupération ?

Non, la loi ne prévoit ni récupération ni compensation lorsqu'un jour férié coïncide avec un jour de repos, et la Cour de cassation l'a confirmé. Seule une convention collective ou un usage d'entreprise plus favorable peut prévoir un rattrapage.

Suis-je payé un jour férié chômé si je viens d'être embauché ?

Le maintien du salaire est garanti à partir de 3 mois d'ancienneté dans l'entreprise (article L3133-3). En dessous, l'employeur peut ne pas payer le jour férié chômé, sauf convention collective plus favorable. Le 1ᵉʳ mai est payé sans condition d'ancienneté.

La journée de solidarité tombe-t-elle forcément le lundi de Pentecôte ?

Non, plus depuis 2008. La date et les modalités (jour férié travaillé, jour de RTT supprimé ou autre organisation de 7 heures) sont fixées par accord d'entreprise ou de branche, ou à défaut par l'employeur après consultation du CSE. Le lundi de Pentecôte reste un choix fréquent, mais ce n'est plus la règle légale.

Les jours fériés vont-ils être supprimés ?

Non. La suppression du lundi de Pâques et du 8 mai, proposée en juillet 2025 dans le cadre du budget 2026, a été abandonnée le 14 septembre 2025 et n'a pas été reprise depuis. La liste légale compte toujours 11 jours fériés.