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Démissionner et toucher le chômage : dans quels cas est-ce possible ?

Une démission ne donne pas droit au chômage, sauf exceptions précises. Ce guide passe en revue les trois portes d'entrée (démission légitime, démission pour reconversion, réexamen après 121 jours), le piège de l'abandon de poste et les alternatives qui préservent vos droits, avec pour chaque situation le simulateur qui permet de la chiffrer avant de remettre votre lettre.

Par Nathan Penin, éditeur du site. Contenu vérifié le 19 octobre 2026. Sources : France Travail, Unédic (règlement d'assurance chômage, convention du 15 novembre 2024), service-public.gouv.fr, Code du travail.

En bref : démissionner n'ouvre droit à l'ARE que dans 17 cas de démission légitime, avec un projet de reconversion validé avant la démission, ou après un réexamen au bout de 121 jours de chômage. L'abandon de poste est traité comme une démission. Pour partir en gardant ses droits, la voie normale reste la rupture conventionnelle.

Le principe : pas de chômage après une démission

L'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) est réservée aux personnes involontairement privées d'emploi : licenciement (quel qu'en soit le motif), fin de CDD ou de mission d'intérim, rupture conventionnelle, rupture pour motif économique. La démission est un départ volontaire : elle n'ouvre donc pas de droits, sauf dans les situations décrites ci-dessous. La règle figure dans le règlement d'assurance chômage, présenté par l'Unédic✓ Source officielle et par France Travail✓ Source officielle.

Pour vérifier votre cas et estimer le montant de l'allocation, utilisez le simulateur de droits au chômage : choisissez « Démission » comme motif de rupture, puis votre situation dans la liste. Il indique si le motif est reconnu, les justificatifs à prévoir, puis le montant et la durée estimés de l'ARE.

Porte n° 1 : les 17 cas de démission légitime

Une démission « légitime » est traitée comme une perte involontaire d'emploi : elle ouvre droit à l'ARE dans les mêmes conditions qu'un licenciement, si vous remplissez les autres conditions (notamment la durée d'affiliation). France Travail en liste 17, que l'on peut regrouper en trois familles.

Vous changez de lieu de résidence

Votre employeur est en faute

Votre parcours professionnel le justifie

65 ou 88 jours ? Deux cas différents. Pour la démission d'un emploi repris après un licenciement, une rupture conventionnelle ou une fin de CDD, le règlement d'assurance chômage (article 2) fixe un maximum de 65 jours travaillés, comme l'indiquent France Travail et l'Unédic. Le seuil de 88 jours travaillés (ou 610 heures) concerne un autre cas : la démission d'un emploi repris alors que vous étiez déjà indemnisé (article 26), qui ne suspend pas l'allocation en dessous de ce seuil. La fiche de service-public.gouv.fr mélange les deux. En cas de doute, faites confirmer votre situation par écrit par France Travail avant de démissionner.

Dans tous les cas, c'est France Travail qui apprécie le motif au vu des justificatifs. Préparez-les avant de démissionner : une démission ne se rétracte pas.

Porte n° 2 : la démission pour reconversion professionnelle

Ce dispositif, distinct de la liste précédente, permet de démissionner pour mener un projet de reconversion nécessitant une formation, ou un projet de création ou de reprise d'entreprise. L'ordre des étapes est impératif :

  1. Vérifier la condition d'activité : être en CDI et justifier d'au moins 1 300 jours travaillés au cours des 60 mois qui précèdent la fin du contrat (environ 5 ans d'activité). Notre outil de calcul d'ancienneté aide à faire le point.
  2. Demander un conseil en évolution professionnelle (CEP), gratuit, avant de démissionner, pour formaliser le projet.
  3. Faire valider le projet par la commission paritaire de l'association Transitions Pro de votre région, qui atteste de son caractère réel et sérieux.
  4. Démissionner, puis s'inscrire comme demandeur d'emploi dans les 6 mois qui suivent la validation. France Travail contrôle ensuite la mise en œuvre effective du projet.

Démissionner avant le CEP ou avant la validation fait perdre le bénéfice du dispositif. Pendant ces démarches, vous restez tenu par votre préavis de démission : intégrez sa durée dans votre calendrier.

Porte n° 3 : le réexamen après 121 jours

Si votre démission n'entre dans aucun de ces cadres, tout n'est pas perdu. Après 121 jours de chômage non indemnisé (environ 4 mois), vous pouvez demander à l'instance paritaire régionale (IPR) de France Travail de réexaminer votre situation. Elle vérifie que vous remplissez les autres conditions d'attribution et que vous justifiez de recherches actives d'emploi, de reprises d'emploi de courte durée ou de démarches de formation. En cas d'accord, l'allocation est versée à partir du 122e jour : les quatre premiers mois ne sont pas rattrapés. Conservez donc toutes les preuves de vos démarches dès le premier jour.

Autre voie : retravailler. Selon l'Unédic, une démission ne fait plus obstacle à l'indemnisation dès lors que vous avez retravaillé au moins 65 jours ou 455 heures depuis ce départ volontaire, puis perdu ce nouvel emploi de façon involontaire (fin de CDD, par exemple).

Le faux bon plan : l'abandon de poste

Ne plus venir travailler pour se faire licencier ne fonctionne plus. Depuis 2023, le salarié qui abandonne volontairement son poste et ne le reprend pas après une mise en demeure de son employeur est présumé démissionnaire (article L1237-1-1 du Code du travail✓ Source officielle) ; le délai fixé par la mise en demeure ne peut pas être inférieur à 15 jours (article R1237-13). Conséquence : pas d'indemnité de rupture et pas d'allocation chômage, sauf motif légitime (raison médicale, exercice du droit de retrait ou de grève, par exemple). Si l'employeur choisit malgré tout de licencier, ce sera le plus souvent pour faute grave, sans indemnité de licenciement ni préavis.

Les alternatives qui préservent vos droits

Avant de remettre votre lettre : ce qu'il faut chiffrer

Pour rédiger la lettre, le Code du travail numérique publie un modèle officiel de lettre de démission✓ Source officielle.

Questions fréquentes

Peut-on toucher le chômage après une démission ?

En principe non, car l'allocation chômage (ARE) suppose une perte d'emploi involontaire. Trois exceptions existent : la démission légitime (17 cas listés par France Travail, par exemple suivre son conjoint qui change de lieu de résidence pour un motif professionnel), la démission pour un projet de reconversion professionnelle validé avant de démissionner, et le réexamen du dossier par l'instance paritaire régionale après 121 jours de chômage.

Quels sont les cas de démission légitime ?

France Travail en liste 17 : mariage ou Pacs avec changement de résidence (démission dans les deux mois avant ou après), suivi du conjoint qui déménage pour un motif professionnel, clause de couple, mineur qui suit ses parents, majeur protégé qui suit son mandataire, enfant handicapé admis dans une structure éloignée, violences conjugales imposant un déménagement, démission rapide d'un emploi repris après un licenciement, une rupture conventionnelle ou une fin de CDD, CDI rompu par le nouvel employeur après 3 ans d'affiliation continue, échec d'une création ou reprise d'entreprise, salaires impayés, acte délictueux subi au travail, fin d'un contrat d'insertion ou d'un contrat unique d'insertion pour un emploi ou une formation, service civique ou volontariat d'au moins un an, clause de conscience des journalistes, assistant maternel confronté au refus de vaccination de l'enfant.

Comment démissionner pour une reconversion en touchant le chômage ?

Il faut être en CDI et justifier d'au moins 1 300 jours travaillés au cours des 60 mois qui précèdent la fin du contrat, demander un conseil en évolution professionnelle (CEP) avant de démissionner, puis faire valider le caractère réel et sérieux du projet par la commission paritaire de l'association Transitions Pro de sa région. L'inscription comme demandeur d'emploi doit intervenir dans les 6 mois qui suivent la validation. Démissionner avant ces étapes fait perdre le bénéfice du dispositif.

Ma démission n'est pas légitime : que se passe-t-il après 121 jours ?

Après 121 jours de chômage non indemnisé (environ 4 mois), vous pouvez demander à l'instance paritaire régionale de France Travail de réexaminer votre situation. Elle vérifie que vous remplissez les autres conditions d'attribution et que vous justifiez de recherches actives d'emploi ou de démarches de formation. En cas d'accord, l'allocation est versée à partir du 122e jour, sans rattrapage des quatre premiers mois.

Un abandon de poste permet-il de toucher le chômage ?

Non. Depuis 2023, le salarié qui abandonne volontairement son poste et ne le reprend pas après une mise en demeure de son employeur est présumé démissionnaire (article L1237-1-1 du Code du travail). Il est alors traité comme un démissionnaire par l'assurance chômage : pas d'allocation, sauf motif légitime.

Quelle solution pour quitter son CDI en gardant ses droits au chômage ?

La rupture conventionnelle, si l'employeur l'accepte : elle ouvre droit au chômage (durée maximale réduite à 15 mois, ou 20,5 mois à partir de 55 ans, pour les ruptures prenant effet depuis le 1ᵉʳ septembre 2026) et donne droit à une indemnité au moins égale à l'indemnité légale de licenciement. À défaut, vérifiez si votre situation correspond à un cas de démission légitime ou au dispositif de démission-reconversion avant de remettre votre lettre.